Pit Fire

 

Pit_Fire_fondLe pit fire est une technique de cuisson dite « primitive », permettant de façon très simple d’obtenir une cuisson de sculptures ou de vases et d’objets. Il suffit de monter quatre murs de briques réfractaires en double épaisseur d’une hauteur d’environ un mètre, et d’y placer sur un fond de branchages les sculptures en terre crue. Le choix de la terre est déterminant, elle doit pouvoir résister à un choc thermique important et être à même de supporter une cuisson à 1100°. Il faut donc que la terre soit composée de 25 à 40 % de chamotte (grains de terre précuite). On peut également y cuire des oeuvres en porcelaine à condition que les pièces soient assez petites. Si les pièces sont posées sur de la sciure, on obtiendra des noirs mats intenses.

Femme recroquevillée et l'Annonce

Femme recroquevillée et l’Annonce

Avant de les disposer à l’intérieur de l’enceinte de briques, les oeuvres crues doivent être arrosées successivement trois fois de jus de sulfate de fer. Le sulfate est le sel de l’acide sulfurique. On peut préférer utiliser des jus de sulfate de cuivre ou de cobalt. On obtient évidemment avec ce dernier des oeuvres bleutées.

Ajout de tessons imbibés de sulfate de cuivre

Ajout de tessons imbibés de sulfate de cuivre

Au moment de la disposition des bois, on ajoute des tessons de terre biscuités ayant séjourné trois jours dans du sulfate de cuivre. Il est prudent de porter des gants et des lunettes, car ce produit est irritant pour la peau et les yeux. Cela va produire des migrations rougeâtres sur les pièces, leur conférant un intérêt chromatique supplémentaire.

On dispose alors les bois en quinconce entre les sculptures, avec un soin tout particulier pour ne pas les casser. Lorsque ce sont les bois qui entourent les sculptures qui sont à même de supporter une charge importante, on remplit l’enceinte de briques avec des bois, jusqu’à dépasser la hauteur de celle-ci.

Disposition des pièces crues

Disposition des pièces crues

Le feu est démarré du sommet. On a affaire à une cuisson en montée rapide. À titre d’exemple, après 20 minutes, lorsque les bois dépassant le four en briques sont brûlés, la température monte à 900°, mâture ainsi durant environ deux heures, puis monte jusqu’à 1050 à 1100° avant de redescendre graduellement.

Lorsque les bois brûlants sont environ 20 centimètres en dessous des briques supérieures du four, on peut ajouter des graminées géantes comme des miscanthus ou d’autres végétaux secs pour provoquer une réduction et favoriser l’accentuation des couleurs rougeâtres.

Mise à feu

Mise à feu

La réduction

La réduction

Le lendemain

Le lendemain

La réduction signifie un étouffement, une privation d’oxygène qui contraignent le feu à chercher son oxygène dans les ingrédients. Cet oxygène est donc extrait et affirme la spécificité rougeâtre du sulfate sur les pièces. La cuisson en réduction n’est possible que si des matières carbonées (gaz, bois…) sont présentes dans le four pendant la cuisson pour capter l’oxygène de l’air, elle est donc impossible à obtenir dans un four électrique. La cuisson réductrice permet de développer une plus grande palette de couleurs sur les émaux grès et porcelaine comme le bleu de fer, le rouge de cuivre… Dans la cuisson en réduction, les gaz instables se mêlent à l’oxygène dans les métaux de la pièce d’argile et des glaçures, les réduisant ainsi à un oxyde inférieur, ce qui en altère les couleurs. La cuisson en réduction est utile si l’on cherche à développer certaines couleurs (comme les rouges du cuivre) et des effets visuels, par exemple la texture tachetée particulière, causée par les pyrites de fer dans l’argile.

Défournage

Défournement

Il faut environ 6 heures de cuisson, mais il est préférable de défourner le lendemain. Les sculptures ou les objets seront lavés à l’eau avant leur exposition.

 

Avantages

Cette technique est intéressante du fait qu’elle ne nécessite pas la construction d’un four à demeure. On peut désassembler les briques si la construction à sec dérange dans un jardin.

Le résultat est intéressant pour réaliser des oeuvres au caractère primitif, avec des accents noirs, gris, et colorés (orangé si ajout de sulfate de cuivre et de fer, ou bleuté avec du cobalt).

Le Pit Fire est moins gourmand en bois que le four papier, et en travail de construction du four, qui reste permanent (à moins qu’on le démonte entre les cuissons, ce qui ne réclame guère de temps).

On peut réaliser seul une cuisson de ce type, ce qui n’est pas le cas d’une cuisson en four papier.

Les sculptures peuvent éventuellement être recuites dans une cuisson en raku pour combiner les techniques, à condition de n’avoir pas dépassé 1100°, car alors la terre cuite est vitrifiée, les fumées du raku ne sont plus à même de pénétrer dans le tesson.

José Strée

Remerciements « chaleureux » à
Bernard Pierre et Bernadette Michaux

chez qui cette cuisson a été réalisée.

L'Annonce, 2012

L’Annonce, 2012

Femme recroquevillée, 2012

Femme recroquevillée, 2012